Spotlight : ou l’art de faire du bon journalisme

A l’occasion de la sortie évènement du film Spotlight, réalisé par Tom McCarthy, retour sur les méthodes du journalisme. Comme quoi, un bon film permet parfois de repenser nos attentes et notre manière de voir ce métier autrement qu’à travers le filtre du JT de France 3.

Spotlight, c’est le nom d’un département du Boston Globe (journal américain dont le siège est à Boston). Les journalistes qui y travaillent se penchent sur des articles de fond nécessitant des enquêtes sur plusieurs mois et même plusieurs années.

 

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Le film débute à l’arrivée du nouveau rédacteur en chef Marty Baron en juillet 2001. C’est lui qui va lancer Spotlight sur une des plus grosses affaires qu’ils auront à couvrir : des actes de pédophilie qui entachent le clergé local depuis des années, et qui semblent être couverts à plus haute échelle par quasiment toute la hiérarchie.

 

Journalisme d’investigation pur et dur

Spotlight n’est pas un thriller haletant, mais il tient son spectateur de la première à la dernière minute en l’insérant à part entière dans une enquête des plus complexes. Durant une longue année, les journalistes vont frapper aux portes de maisons vides, se heurter au secret professionnel des avocats et s’opposer au clergé local qui a la mainmise sur tout le domaine judiciaire. Un véritable parcours du combattant qui a néanmoins une qualité : mettre en valeur le travail d’investigation et de recherche de la vérité des journalistes.

Si les journalistes ne soupçonnaient qu’une dizaine de prêtres au début de l’enquête, ils sont, au fil des témoignages, pris aux tripes par leurs découvertes. Leur vision de la vie change, et leur foi s’ébranle au fur et à mesure que la liste s’allonge. À travers le récit de ces personnages, le spectateur se retrouve face à une vérité dérangeante et qui sort de la séance troublé et embarrassé.

Le premier article paraît en janvier 2002, suscitant de fortes réactions. Près de 600 articles sont alors écrits, pour compléter l’enquête de fond que les journalistes de Spotlight ont menée durant un an.

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Ce film n’est pas que révélateur de la corruption de la justice américaine, de la lâcheté de l’Église catholique, ou de la perversion des avocats qui se sont enrichis sur des affaires de pédophilie. Il dénonce un vrai mal-être en appuyant sur un sujet qui trouble plus qu’aucun autre : le viol d’enfants de 4 à 14 ans par des personnes censées représenter la pureté. Des personnes qui ont abusé de leur influence pour éviter d’être jugées, et profité de familles pauvres de tout mais riches d’espoir et de foi.

Mais avant tout, Spotlight met en avant le vrai travail du journaliste. Cette envie de faire éclater la vérité par tous les moyens, sans jamais baisser les bras, sans jamais se résigner à accepter les pots-de-vin ou le chantage contre son silence. Une enquête longue et appuyée sur une investigation passionnante, qui redore le métier de journaliste.

 

Déranger

Parce qu’aujourd’hui, couvrir l’actualité ce n’est pas que faire du live, livrer du scoop, faire lire ce que les gens souhaitent découvrir en feuilletant leur journal. C’est déranger. C’est remuer ciel et terre pour apporter une information qui fera changer les choses positivement. C’est donner une chance à la vérité d’être plus souvent établie. C’est offrir le moyen à des victimes de s’exprimer et aux coupables de s’expliquer.

L’article du Boston Globe sur le film.

Le site du Boston Globe.

La critique du Télérama sur Spotlight.

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