Hôpital bombardé en Afghanistan : « crime de guerre » ou simple « dommage collatéral » ?

Dans la nuit du 2 au 3 Octobre, les forces américaines ont bombardé la ville de Kunduz en Afghanistan. Le but escompté ? Récupérer ce bastion occupé par les talibans depuis plusieurs mois. La mission ne s’est pas déroulée comme prévue puisqu’un hôpital dirigé par Médecins sans frontières a été complètement détruit.

A deux heures quinze du matin,  les troupes américaines au sol contactent leur supérieur pour demander un support aérien. Visés par des talibans, ils craignent d’y laisser des hommes. Un raid est décidé dans l’urgence, faisant fi de la position GPS d’un hôpital à proximité, dirigé par Médecins sans frontières. Les bombardements durent plus de 45 minutes après que l’ONG eut averti les armées afghane et américaine.  Le bâtiment essuie de nombreux tirs, faisant 22 morts, dont 9 membres de l’association. Incompréhensible pour les médecins présents sur place.

Selon les autorités, le bâtiment servait de refuge à des talibans, ce que l’ONG nie fermement. Pour le directeur de Médecin sans frontières (MSF) Christopher Strokes, « ces déclarations impliquent que les forces afghanes et américaines aient décidé ensemble de raser un hôpital entièrement fonctionnel  (…) cela équivaut à reconnaître qu’il s’agit d’un crime de guerre». Ce terme est utilisé pour caractériser une destruction sans motif d’un bâtiment civil, mettant à mal les conditions de vie de la population locale. Si le Pentagone a volontairement visé ce bâtiment sans être certain de la présence d’insurgés « cela contredit totalement les premières tentatives du gouvernement américain de minimiser les conséquences des attaques comme n’étant qu’un « dommage collatéral » » a déclaré le directeur de MSF au Monde.

22 morts et une incompréhension totale.

La position GPS de l’hôpital était connue par l’armée américaine, ce qui rend inexplicable l’opération. « Les impacts étaient très ciblés, toujours sur le même bâtiment. L’avion est parti puis il est revenu pour redonner suite à une série d’impacts, exactement sur le même bâtiment » affirme le directeur des opérations de MSF. Ce témoignage porte le doute sur ce que l’armée américaine considère toujours comme “un dommage collatéral”. Il est appuyé par un autre argument : l’appareil utilisé est un AC-130. Un avion spécialisé dans l’appui aérien rapproché et doté d’une grande précision de tir. De quoi remettre sérieusement en cause la version soutenue par le Pentagone.

De la compassion, mais pas d’excuses

Barack Obama a présenté ses « plus profondes condoléances » après le bombardement, mais il souhaite attendre les résultats de l’enquête avant de « porter un jugement définitif sur les circonstances de cette tragédie ». Pas un mot n’a été lâché sur la probable responsabilité américaine. Le gouvernement  ne compte pas s’exprimer sur cette “bavure”. Le directeur de Médecin sans frontières s’est dit  “écœuré” dans son entretien avec Le Monde, il a réclamé une enquête “exhaustive et transparente”. Il souhaite qu’elle soit confiée à un organisme international indépendant, qualifiant d’“insuffisante ” l’enquête américaine annoncée par le président Barack Obama.

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